« La ville faite par et pour les hommes » par Yves Raibaud

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« La ville faite par et pour les hommes » par Yves Raibaud

Certaines villes deviennent de plus en plus belles et agréables. Elles sont bien équipées pour les loisirs, le sport, les affaires…. On a plaisir à y vivre. Sauf que, à y regarder de près, ce « on » qui devrait représenter le collectif, le vivre ensemble, est plutôt un pluriel….très masculin.  Le dernier ouvrage du géographe Yves Raibaud[1] « La ville faite par et pour les hommes[2] » en fait une démonstration flagrante. Dans cet ouvrage, l’auteur, s’appuyant entre autres sur de nombreuses études scientifiques, cartographie les différentes formes de sexisme ordinaire inscrites dans l’espace urbain. Pour apporter des preuves, il suffit parfois de compter, explique Yves Raibaud. Et quand on le fait, le compte n’y est pas.   «En France, remarque le géographe, quand une plaque de rue ou d’espace public met une personnalité à l’honneur, il s’agit d’un homme dans 94% des cas »[3]. Ce n’est pas mieux du côté des stations du métro parisien. 302 stations et seulement 3 qui portent le nom d’une femme….. Sans commentaire. La ville est donc un garçon car non seulement les femmes y sont invisibles mais, et c’est encore plus grave, les filles y ont peur. Le harcèlement de rue est loin d’être une question accessoire. Yves Raibaud, décrit le ressenti de nombreuses étudiantes qui vivent au sein de campus isolés et, «qui connaissent l’inquiétude du dernier tram du soir, les regards qui se posent sur elles, l’angoisse de voir un homme descendre à la station et de les suivre… »[4]. Dans la foulée, il dénonce aussi la faiblesse des enquêtes publiques sur les violences faites aux femmes. Pour le chercheur «prendre au sérieux le harcèlement de rue, c’est considérer qu’il ne peut pas être réduit à une activité d’hommes vulgaires, frustrés, obsédés sexuels ou malades mentaux, mais qu’il est relayé de façon puissante par une culture masculine de la ville »[5] . Pour changer la ville, faire en sorte que chacun, quel que soit son sexe, s’approprie les lieux et les espaces, il suffirait par exemple de s’intéresser davantage au sport féminin, prendre en compte les remarques des femmes quand elles s’expriment à propos des aménagements qui simplifient la vie quotidienne,   développer des dispositifs renforçant la sécurité dans les transports…..En somme, rien d’impossible.

Marie Christine Lipani

[1] Yves Raibaud est maitre de conférences HDR à l’université Bordeaux-Montaigne, affilié au CNRS. Il est aussi chargé de mission égalité femmes-hommes au sein de cet établissement. Il travaille notamment sur la ville et le genre et a publié récemment avec Sylvie Ayral « Pour en finir avec la fabrique des garçons, vol 1. A l’école, vol 2. Loisirs, sport, culture ». Collection Genres, cultures et sociétés, Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine.

[2] Collection Egale à égal, éditions Belin –Laboratoire de l’égalité

[3] Page 10.

[4] Page 42.

[5] Page 43.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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