Femmes et médias : on régresse ! selon GMMP 2015

Femmes et médias : on régresse !
Résultats 2015 de l’enquête internationale du GMMP

Les femmes représentent la moitié de la population

mais un quart seulement des individus présents

dans ce récit du monde que font les médias,

un chiffre plus faible que celui de la dernière enquête du GMMP.

 

Le projet mondial de monitorage des médias (GMMP[1]) qui rend aujourd’hui ses conclusions est un outil unique par l’ampleur de la recherche engagée et les moyens mobilisés. Et ses résultats – les 4ème depuis le premier baromètre de 1995 – n’incitent pas à l’optimisme.

La sous-représentation des femmes dans les médias français, qui apparaît à nouveau en 2015, est d’autant plus préoccupante qu’elle est stable, voire croissante : le monde de 2015 demeure, comme celui de 2010, majoritairement un monde d’hommes et ce malgré les tentatives d’encadrement et de développement des bonnes pratiques par les autorités publiques.

  • Ce résultat rejoint celui de l’enquête GMMP pour l’ensemble des pays pris en compte : l’enquête montre que le rythme des progrès vers l’égalité au sein des médias s’est pratiquement immobilisé au cours des cinq dernières années. En 2015, les femmes ne représentent que 24 % des personnes que l’on entend, dont il est question et que l’on voit dans nouvelles de la presse écrite, de la télévision et de la radio, soit exactement le même nombre qu’en 2010.

Le monde montré par les médias français reste largement masculin, sans progrès par rapport à 2010 ; on note même une petite diminution du nombre de femmes qui sont l’objet de nouvelles ou en sont les sources : 24,1% de femmes en 2015, contre 28,3% en 2010. Et ceci quel que soit le sujet évoqué : les femmes sont même particulièrement exclues des nouvelles politiques.

Pourtant les deux nouvelles qui dominaient l’actualité de la journée du 24 mars 2015 et occupent une place très importante dans tous les médias ne pouvaient en rien justifier cette asymétrie des rôles. L’une, une catastrophe aérienne, touchait autant d’hommes que de femmes. L’autre, la campagne pour les élections départementales, aurait pu même être l’occasion de revenir sur l’impact d’une mesure entrant en vigueur pour la première fois en faveur de l’égalité « femmes-hommes » dans les listes. Mais il faut le noter, quel que soit le sujet traité, le genre n’est quasiment jamais un thème d’attention pour les médias français.

Les femmes sont mobilisées comme source d’information comme témoins ou citoyennes anonymes, surtout lorsque cela ne fait pas intervenir de compétences précisément définies. Les médias ne semblent donc pas intégrer le fait qu’elles peuvent être médecins, magistrates, cheffes d’entreprises[2]… et parfois même femmes politiques ! Trois quarts des “sans emploi”, des élèves ou des étudiant.e.s évoqué.e.s à la une des médias sont des femmes. Mais seulement 20% des politiques, 15% des acteurs.trices économiques.

Les hommes forment 83% du groupe des experts (contre 78 en 2010), 78% des sujets et 70% (contre 75) des porte-paroles. Les médias équilibrent la répartition des sexes lorsqu’il s’agit de faire parler « l’opinion publique » ou de recueillir des témoignages et la déséquilibrent lorsqu’il s’agit de faire connaître l’avis des experts ou celui des porte-paroles.

La présence des femmes est particulièrement faible pour les sujets les plus traités ce jour-là dans les différents médias : un accident d’avion est à 75% une affaire d’hommes ; tout comme les hommes incarnent la politique à 80% et l’économie à 90%.

La surreprésentation des hommes dans les nouvelles est commune à l’ensemble des médias, traditionnels (presse, radio et télévision) comme électroniques (internet et twitter) : entre 70 et 80% des sujets sont des hommes dans tous les médias.

La télévision est le moins inégalitaire des médias : les femmes sont la source de 38% des nouvelles, contre 22% dans la presse et 23% à la radio, en raison sans doute de ses choix éditoriaux (une moindre place accordée à la politique et plus grande aux Célébrités/Arts/Médias/Sports).

Sur Twitter et Internet, le monde est tout aussi masculin. Les médias électroniques sont aussi déséquilibrés que les médias traditionnels, avec en particulier des représentations professionnelles fortement andro-orientées.

  • Là encore, la France est à l’image des autres pays : le GMMP 2015 montre que la relative invisibilité des femmes dans les médias d’information traditionnels s’est propagée vers les plateformes de diffusion numériques : seuls 26 % des personnes dans les actualités et les reportages sur l’Internet et Twitter sont des femmes.

Pour les professionnels de l’information ayant contribué à la construction des nouvelles le 25 mars, les femmes ne représentent globalement qu’un tiers des reporters et des présentateurs, ce qui est faible au regard de leur importance dans la profession (46% des détenteurs de la carte de presse sont des femmes). La part des femmes dans l’audiovisuel s’est dégradée depuis l’enquête de 2010 : 48% en 2010 contre 31% en 2015. La presse elle est équilibrée avec 48% de femmes journalistes. Sur internet, la proportion des femmes est plus importante (46%) alors pour Twitter, elle est d’un tiers, comme dans les médias audiovisuels.

  • Ce constat rejoint les résultats internationaux de l’enquête : il y a un plafond de verre universel pour les femmes journalistes dans les journaux et les rapports de journaux télévisés. Seulement 37% des histoires présentées dans les journaux, à la télévision et à la radio sont rapportées par des femmes. Cette statistique globale n’a pas changé depuis dix ans

 

Les nouvelles analysées

  • 838 thèmes d’information ont été analysés ;
  • 1134 journalistes, présentateurs.trices et reporters ont été repéré.e.s ;
  • 1945 personnes ont été identifiées comme sujets des nouvelles.

Les médias suivis :

  • 9 chaînes de télévision (TF1, France 2, France3, Arte, Télé Toulouse, M6, D8, BMFTV, iTélé) ;
  • 8 stations de radio (BFM, Europe1, France Bleue Provence, France Info, France Culture, Hitwest, RMC, RTL) ;
  • 8 quotidiens (20 minutes, La Croix, Le Figaro, Le Monde, Le Parisien, Les Échos, Libération, Métro, Ouest France) ;
  • 8 sites d’informations sur internet (20 minutes, France24, Hufftington Post, Lefigaro.fr, lemonde.fr, Mediapart, Nouvelobs, Rue 89) ;
  • 14 fils Twitter (20minutes, atlantico, BFMtv, europe1, figaro, FranceInfo, Huffpost, itélé, LCP-an, lemonde, libération, mediapart, rue 89, slatefr).

 

L’équipe :

  • 26 personnes ont participé au monitoring.
  • Le GMMP est coordonné par l’Association mondiale pour la communication chrétienne (WACC), un réseau mondial qui défend les droits à la communication pour la justice sociale et le développement durable.

 

Coordination pour l’équipe française / Contacts : 

Coordinatrices pour l’équipe française : Cécile Méadel (cecilemeadel@orange.fr), 06 24 55 12 09

Avec Marlène Coulomb Gully (marlene.coulomb@univ-tlse2.fr) 06 02 31 44 71

et Isabelle Garcin-Marrou (isabelle.garcin-marrou@sciencespo-lyon.fr) 06 81 72 54 75

[1] http://whomakesthenews.org/gmmp-2015

[2] Guide pour une communication publique sans stéréotype de genre publié par le Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, 2015.

 

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