Expertes : Marlène Coulomb Gully

Coulomb-GullyMarlène Coulomb Gully

 « Les aides à la presse devraient cesser de financer des discours sexistes ».

 

Marlène Coulomb Gully est universitaire, spécialiste des questions liées à la place des femmes dans les médias. Elle est aussi une des coordinatrices pour l’équipe française du projet mondial de monitorage des médias et la dernière enquête du GMMP[1] n’est pas très rassurante. La représentation des femmes dans les médias français est en régression.

 

Ce résultat n’étonne pas Marlène Coulomb Gully. « Dans une société qui est structurellement sexiste, explique cette experte, il n’est pas surprenant que les médias le soient aussi. En revanche, ce qui me déroute un peu, c’est la régression par rapport à l’enquête mondiale de 2010. Les chiffres 2015 affichent un seuil de représentation des femmes dans les médias de 24,1% contre 28,3% en 2010 ». Il est vrai que cela interpelle, d’autant plus que la question de la place des femmes dans les médias a largement été évoquée ces dernières années. Des initiatives ont vu le jour comme le collectif Prenons la Une, le site des expertes en ligne, et le CSA, qui vient de publier sont rapport 2015[2], est également très impliqué dans cette démarche. « Nous avions plutôt le sentiment d’avoir sensibilisé les acteurs des médias, confirme Marlène Coulomb Gully, et je m’attendais à un progrès par rapport à 2010. Ce n’est pas le cas ». Pour cette spécialiste,  « l’abondance des discours autour de l’égalité a peut être un effet pervers. Cela donne le sentiment d’une prise de conscience généralisée ». Et ce sentiment peut vite se transformer en conviction que l’égalité est vraiment là. « Sans raviver la guerre des sexes, poursuit-elle, il faut rappeler que les médias sont majoritairement tenus par des hommes et il n’en reste pas moins qu’ils n’ont pas envie de partager le pouvoir ». Cette étude GMMP montre que la télévision reste le média le moins inégalitaire. Pour Marlène Coulomb Gully : « Le spectre informatif de la télévision est un peu plus large. La presse écrite traditionnelle est sans doute plus focalisée sur des informations politiques et internationales où les femmes sont encore moins présentes, ce qui explique en partie que la presse écrite soit moins « gender friendly ».

Sensibiliser les entrants dans le journalisme

Comment représenter les femmes et les hommes de façon égalitaire dans les médias ? Comme beaucoup de scientifiques, Marlène Coulomb Gully regarde d’abord du côté de la formation des journalistes. « Il faut absolument que des cours obligatoires soient insérés dans les cursus de formation des journalistes, insiste t-elle, au même titre que les cours sur l’écriture journalistique, ou autre pratiques professionnelles ». Cependant, on sait bien aussi que tous les nouveaux entrants dans la profession ne sortent pas d’une école de journalisme. D’autres actions sont aussi nécessaires. Cette experte est formelle : « Il faut continuer à évoquer cette question, et donner les chiffres et il faut le faire inlassablement ». Mais Marlène Coulomb Gully va aussi beaucoup plus loin et elle n’a pas tord. « Rappelons que de nombreux médias dépendent du financement public, dit-elle, il faudrait aussi dire haut et fort que cet argent ne peut plus continuer à alimenter le sexisme ». Malgré des chiffres peu optimistes pour ce qui est de la représentation des femmes dans les médias, cette dernière grande enquête internationale met en lumière un élément important. « Depuis 2010, analyse la chercheuse, on observe que les femmes journalistes ont tendance à donner davantage la parole aux femmes. Cela montre que le sexe n’est pas indifférent à la façon dont le regard du journaliste est formaté. Pendant des années, pour ne pas trop se marginaliser dans les rédactions, les femmes journalistes avaient tendance à adopter les codes classiques du journalisme. Cela évolue désormais. Les femmes sont de plus en plus sensibles au sexisme et aux discriminations et portent un autre regard sur la réalité ». De quoi rester confiant, malgré tout, comment imaginer en effet que les médias puissent rendre compte de la réalité du monde, en occultant constamment plus de la moitié de la population ?

Marie – Christine Lipani

 

[1] Voir les résultats de cette enquête sur notre site.

[2] http://www.csa.fr/Etudes-et-publications/Les-observatoires/L-observatoire-de-la-diversite/Les-resultats-du-barometre-2015-de-la-diversite-concernant-l-equilibre-homme-femme

 

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