Violences faites aux femmes (1) : entre prise de conscience et divertissement médiatique

Ce qui suit est une introduction au débat organisé par Solidarité Femmes Bassin, ce vendredi 18 novembre 2016, en avant propos de la journée du 25 contre les violences faites aux femmes. MCC

Dans le courant de l’été, un certain nombre d’entre nous – observateurs de la presse et des médias- ont été alertés par la parution d’un article dans le journal Le Berry Républicain . A l’occasion d’un procès, une caricature de récit  de violences faites à une femme par un ancien compagnon. Tentative d’effraction, tentative de viol avec violence.

L’article épinglé par ACRIMED et Libération raconte l’épisode comme un film de cinéma muet. La victime et la qualification des faits, s’en trouvent ridiculisés et au final minorés sous la verve et les clichés du rédacteur. L’article a été supprimé depuis, y compris en cache sur Google.

Ce genre de dérapage – par ignorance, tentation de la facilité et du bon mot – renforce une opinion couramment admise :

La presse et les médias traitent ces faits criminels comme de simples faits divers*.

Quelques exemples :

Sur le pure-player Brain, on lit sous la plume d’une militante du mouvement Osez le féminisme que la presse contribue à la banalisation du « féminicide ». (Pauline Arrighi@FleurFurieuse)

Ou le blog de Sophie Gourion «  Les mots qui tuent » qui dénonce un traitement journalistique léger et inconséquent.

Ou encore ACRIMED : Après le 8 mars 2016, épingle un « divertissement médiatique ».

La réalité en 2016 est  un peu moins sombre. En tout cas, contrebalancée.

La presse (à ne pas confondre avec les médias de divertissement) est de plus en plus attentive et recherche le ton juste.

Exemple, le 11 novembre dernier, Ouest France relaie l’alerte du Syndicat du travail sexuel à propos de la mort d’une prostituée sous les coups de son client. Le sujet est traité sous l’angle social… la peur et la précarité qui engendrent la violence dans un cadre de prise de risques croissants.

Auparavant, dans l’été, la plupart des grands médias, ont relayé la décision de l’Etat de Californie de mettre un terme à la prescription en matière de viol.

En septembre, un national grand public 20 Minutes propose un Dossier Viol, fait tout à fait nouveau, permis par le numérique qui autorise la compilation de liens.

Quid de la presse « féminine »… elle ne passe pas pour être spécialement féministe… mais le Magazine mensuel Marie Claire suit régulièrement l’actualité et prend position : sur le projet de légaliser l’excision, ou l’affaire Jacqueline Sauvage.

Quant à la nouvelle presse jeunesse, si on en juge par la « youth culture » selon MELTY, elle n’a que peu de soucis, hors ceux de ses stars favorites.

A la faveur de la révolution numérique de nouvelles voix se font entendre , sur le web et les réseaux sociaux.

Quelques exemples :

 -Sophie Gourion et ses deux blogs « Tout à l’égo » et « Les mots qui tuent » ( déjà citée et vu par Les Inrocks)

-Le Blog Crêpe Georgette de Valérie CG va plus loin dans l’analyse pour dénoncer les mythes du viol. ( Elle l’a bien cherché… et lui un si bon père de famille… un policier au dessus de tout soupçon, etc)

Dès novembre 2014 elle proposait une charte aux journalistes à l’instar de la 2ème recommandation du Haut Conseil à l’Egalité entre les hommes et les Femmes.

-Une presse féministe se développe, avec une diffusion encore un peu confidentielle,

 La plus connue, Causette, se veut pionnière du genre pour s’être attaquée au sexisme dans l’armée. Aujourd’hui elle attaque de face le nouveau président élu américain ! et lance un sondage « Causette présidente. »

Les Nouvelles News

dénonce aux USA, la haine et la mysogynie au pouvoir !

– Clara Magazine qui propose des ateliers pédagogiques sur le thème « journalisme et laïcité ».

Sans compter bon nombre de « sympathisants » L’OBS PLUS / les INROCKS, etc. et les grands journaux Le Monde, Libération, etc.

Première observation :

La montée en puissance de ces sujets doit beaucoup à la mobilisation des associations, celle des pouvoirs publics et aux initiatives internationales ( Amérique du Nord et le viol sur les Campus : quand c’est non … c’est non)

Deuxième observation :

Il est encore vrai qu’on observe une inégalité de ton : les violences domestiques et conjugales traitées en mode anecdotique, mineur, les autres, ethniques, politiques, (femmes esclaves sexuelles de Daesh) comme des faits majeurs de géopolitique et de droits de l’homme.

Troisième observation :

Il conviendrait d’accorder du temps au cas

1/des médias audiovisuels de divertissement qui touchent surtout les jeunes (régis par le CSA / Cf affaire Morandini)

2/ à la remise en cause de la laïcité dans l’affaire du burkini : Un certain nombre de mouvances dénoncent une nouvelle forme néocoloniale de violence sociale et psychologique exercée par la république sur les femmes d’autres religions ou cultures. Non sans mettre en danger la cohésion du mouvement féministe.

La réalité est que la presse et les médias sont saturés d’images de violences de toute nature. Trop plein d’images, pas assez de réflexion ? Trop de blabla convenu, pas assez d’exemplarité pédagogique et citoyenne des cas traités ? Trop de distance ou trop de jugement moralisateur ? A vous de juger et donner votre avis.

Marie Christiane Courtioux

 

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